On entend souvent dire que travailler le dimanche, c’est payé double. Alors, est-ce que c’est vraiment le cas ? On va être direct avec vous : le plus souvent, non. La réalité est bien plus compliquée et dépend de votre secteur, de votre convention collective et de situations très précises. Pour y voir clair, on vous a préparé le tableau récapitulatif complet des majorations, avec le détail pour chaque cas.

Majoration pour Travail du Dimanche : Le Tableau Récapitulatif 2025

Voici les règles de majoration de salaire applicables selon votre situation :

Secteur / Situation Majoration de Salaire Contreparties et Conditions
Principe général (Code du travail) Aucune majoration légale obligatoire Le droit à un repos hebdomadaire est la règle. La majoration dépend de la convention collective, d’un accord d’entreprise ou du contrat.
Commerce alimentaire (> 400m²) Au moins +30% Uniquement pour les heures après 13h et si situé en zone ZT, ZTI, ZC ou grande gare. Repos compensateur obligatoire.
Commerce alimentaire (≤ 400m²) Aucune majoration légale Ouvert jusqu’à 13h maximum (sauf exceptions). La majoration dépend de la convention collective applicable.
Hôtels, Cafés, Restaurants (HCR) Aucune majoration légale Le travail dominical est courant dans ce secteur. Les contreparties (majoration, repos) sont définies par la convention collective.
Entreprises de propreté +20% (normal) ou +100% (exceptionnel) Règles fixées par la convention collective de la propreté. Le travail exceptionnel est celui non prévu au planning initial.
« Dimanches du maire » Rémunération doublée (+100%) Maximum 12 dimanches par an. Accord écrit du salarié obligatoire. Repos compensateur équivalent en temps.
Fonction Publique Territoriale (général) Indemnité de 0,74 € / heure Concerne les agents hors filières spécifiques qui travaillent le dimanche de façon normale ou occasionnelle.
Agents sociaux territoriaux Forfait de 50,26 € (pour 8h) Le montant de cette indemnité est calculé au prorata du temps de travail effectué.
Filière médico-sociale territoriale Forfait de 60 € (pour 8h) Montant au prorata du temps travaillé. Valeur en vigueur depuis le 1er janvier 2024.

La Règle de Base : Que Dit le Code du Travail sur le Travail Dominical ?

Avant de chercher un taux de majoration, il faut comprendre un point essentiel. En France, le principe de base est le repos dominical. Le Code du travail établit que chaque salarié a droit à un repos d’au moins 24 heures consécutives chaque semaine, et ce jour de repos est en principe le dimanche.

Mais la loi elle-même n’impose aucune majoration de salaire pour les salariés qui travaillent ce jour-là. C’est la surprise pour beaucoup de monde. Si votre contrat de travail ou votre entreprise ne prévoit rien de spécial, travailler un dimanche est payé comme un jour normal de la semaine.

Où trouver les règles de majoration ?

Si le Code du travail ne prévoit rien, les contreparties (majoration de salaire, repos compensateur) sont définies par d’autres textes. Il faut donc vérifier :

  • Votre convention collective : c’est la source d’information la plus importante.
  • Un accord d’entreprise ou d’établissement : il peut prévoir des règles plus favorables.
  • Votre contrat de travail : il peut mentionner des conditions spécifiques pour votre poste.

Bien sûr, un employeur peut aussi décider de sa propre initiative d’accorder une majoration pour le travail du dimanche, même si aucun texte ne l’y oblige.

Majoration dans le Secteur Privé : Les Règles par Branche d’Activité

La situation change complètement d’un secteur à l’autre. C’est souvent la convention collective qui fixe les règles du jeu pour les entreprises. On a regardé les cas les plus courants.

Commerces de détail alimentaire

Ici, on doit faire une distinction claire selon la taille du magasin. Le cas est très différent pour une supérette et un hypermarché.

  • Supermarchés et hypermarchés (> 400 m²) : Ils peuvent ouvrir le dimanche matin jusqu’à 13h. Pour les heures effectuées avant 13h, la loi n’impose pas de majoration. En revanche, si le magasin est situé dans une zone spécifique (on en parle juste après) et reste ouvert après 13h, les heures effectuées sont majorées d’au moins 30%.
  • Commerces de proximité (< 400 m²) : Ils peuvent ouvrir jusqu’à 13h. Pour ces commerces, aucune majoration de salaire n’est imposée par la loi. Il faut se référer à la convention collective (par exemple, celle du commerce de détail et de gros à prédominance alimentaire).

Hôtels, Cafés et Restaurants (HCR)

Pour le secteur HCR, la situation est simple : le travail le dimanche est considéré comme un jour normal d’activité. C’est une dérogation « de droit » car ces services sont essentiels au tourisme et aux loisirs. Le Code du travail ne prévoit donc aucune majoration. Les éventuelles contreparties, comme des jours de repos supplémentaires, sont prévues par la convention collective des HCR.

Industrie et travail en continu

Dans certaines usines ou industries, les machines ne peuvent pas s’arrêter pour des raisons techniques ou économiques. On parle de travail en « feu continu ». Dans ce cas, le travail du dimanche est organisé par roulement. Les majorations de salaire et les jours de repos compensateurs sont alors fixés par un accord d’entreprise ou par la convention collective de la branche (métallurgie, chimie, etc.).

L’exemple de la convention de la propreté

La convention collective des entreprises de propreté et services associés est un bon exemple de règles claires. Elle prévoit deux cas de figure distincts pour le travail le dimanche :

  • Travail régulier : Si le travail du dimanche est prévu dans votre planning habituel, la majoration est de 20%.
  • Travail exceptionnel : Si votre employeur vous demande de venir travailler un dimanche alors que ce n’était pas prévu, la rémunération est doublée (+100%).

Les Dérogations Spéciales : Quand la Localisation ou la Mairie Change la Règle

Parfois, ce n’est pas le secteur d’activité qui compte, mais l’endroit où vous travaillez ou une décision de la mairie. Ces exceptions sont très encadrées.

Les « Dimanches du Maire »

Le maire d’une commune peut autoriser les commerces de détail à ouvrir certains dimanches. On appelle ça les « Dimanches du maire ». Les règles sont très strictes :

  • Le nombre est limité à 12 dimanches par an.
  • Le salarié doit donner son accord par écrit pour travailler.
  • La rémunération pour ce jour de travail est au moins doublée.
  • Le salarié bénéficie d’un repos compensateur, équivalent en heures, à prendre dans les jours qui suivent.

Les zones géographiques à statut particulier

Certaines zones géographiques bénéficient de dérogations permanentes pour le travail dominical, afin de soutenir l’activité économique et touristique. L’accord du salarié est toujours nécessaire.

On distingue plusieurs types de zones :

  • Zones Touristiques (ZT) et Zones Commerciales (ZC) : Définies par arrêté préfectoral.
  • Zones Touristiques Internationales (ZTI) : Créées pour attirer une clientèle internationale.
  • Grandes gares à affluence exceptionnelle.

Où se trouvent les ZTI et grandes gares ?

Les ZTI concernent principalement :

  • Île-de-France : Plusieurs arrondissements de Paris, Serris-Val d’Europe, La Défense.
  • Normandie : Deauville.
  • Pays de la Loire : La Baule-Escoublac.
  • PACA : Antibes, Cagnes-sur-Mer, Cannes, Nice, Saint-Laurent-du-Var.

Les grandes gares concernées sont : Paris (Saint-Lazare, Nord, Est, Montparnasse, Lyon, Austerlitz), Avignon-TGV, Bordeaux Saint Jean, Lyon Part-Dieu, Marseille Saint-Charles, Montpellier Saint-Roch, Nice-Ville.

Le cas spécifique de l’Alsace-Moselle

Attention, si vous travaillez dans le Haut-Rhin, le Bas-Rhin ou la Moselle, les règles sont différentes. Le droit local y interdit en principe le travail le dimanche. Il existe de nombreuses dérogations (boulangeries, fleuristes, etc.), mais aucune majoration de salaire n’est imposée par cette législation particulière. Il faut donc, là aussi, se référer à sa convention collective.

Qu’en Est-il dans la Fonction Publique Territoriale ?

Dans la fonction publique, on ne parle pas de « majoration de salaire » en pourcentage, mais d’indemnités fixes. Le système est donc très différent de celui du secteur privé.

L’indemnité horaire de base

Pour la majorité des agents de la fonction publique territoriale (catégories B et C notamment), le travail normal ou occasionnel un dimanche ou un jour férié donne droit à une indemnité. Son montant est de 0,74 € par heure de travail. C’est une somme assez faible, souvent complétée par d’autres régimes indemnitaires propres à chaque collectivité.

Les indemnités forfaitaires pour les filières spécialisées

Certains métiers bénéficient d’indemnités forfaitaires plus avantageuses, car le travail le dimanche y est une nécessité de service. On a principalement deux cas :

  • Les agents sociaux territoriaux : Ils perçoivent une indemnité forfaitaire de 50,26 € pour 8 heures de travail.
  • La filière médico-sociale (aides-soignants, auxiliaires de puériculture, etc.) : L’indemnité est de 60 € pour 8 heures de travail depuis le 1er janvier 2024.

Pour ces forfaits, si un agent travaille plus ou moins de 8 heures, le montant est calculé au prorata du temps de travail effectué ce jour-là.

Droits du Salarié : Peut-on Refuser de Travailler le Dimanche ?

C’est la question que beaucoup de salariés se posent. La réponse dépend de la raison pour laquelle votre employeur vous demande de travailler.

Le principe du volontariat est central dans de nombreuses situations. L’accord écrit du salarié est obligatoire pour :

  • Les « Dimanches du maire ».
  • Le travail du dimanche dans les commerces situés en ZT, ZTI, ZC ou grandes gares.

Dans ces cas, si vous refusez de travailler, votre employeur ne peut pas vous sanctionner. Un refus ne peut être ni une faute ni un motif de licenciement.

⚠️ Attention aux exceptions

Le volontariat ne s’applique pas partout. Si votre entreprise appartient à un secteur où le travail du dimanche est autorisé par nature (HCR, boulangerie, services de garde…), et que votre contrat de travail mentionne la possibilité de travailler le dimanche, vous ne pouvez généralement pas refuser. Le refus pourrait alors être considéré comme une faute.

Enfin, une règle protège les plus jeunes : un apprenti de moins de 18 ans qui travaille le dimanche doit obligatoirement bénéficier de deux jours de repos consécutifs dans la semaine.